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La vraie essence des kata se retrouve non dans les gestes eux-mêmes,
mais dans la façon dont l'esprit les rend justes. on ne doit pas penser
: " Je dois faire ce kata comme ci, comme ça... ", mais
exercer son esprit-corps à créer chaque fois un geste total, où
tout le ki se retrouve, en un instant. Vivre le véritable esprit
du geste : le kata, par l'entraînement, doit se confondre avec l'esprit.
Plus l'esprit sera fort, plus le kata sera fort. | |  |  |  |  | Question
- Dans les dojos d'arts martiaux existent beaucoup de gestes qui mènent
à la concentration : la façon de ranger ses affaires, ses chaussures,
la façon de saluer en entrant...
Réponse
- Mais tous ces gestes sont des kata ! La façon de se comporter
est kata. Quand on salue, il ne faut pas faire cela n'importe comment :
en Occident, on joint vaguement les mains et on incline un peu la tête ;
on n'a rien compris à la beauté du geste ! Il faut saluer complètement
: joindre ses deux mains lentement, bras droits, parallèles au sol, le
bout des doigts arrivant à la hauteur du nez, puis courber ainsi son dos
vers le sol, puissamment, se relever les mains jointes toujours et mettre naturellement
les bras le long du corps. Corps droit, nuque droite, pieds au sol, esprit calme.
(En un geste majestueux, Taisen Deshimaru se lève, et nous salue.)
Ainsi vous témoignez tout le respect que vous avez pour vos adversaires,
pour votre maître, pour le dojo, pour la vie ! On me demande parfois pourquoi
je m'incline devant la statue de Bouddha, dans le dojo : ce n'est pas la statue
en bois que je salue, mais tous ceux qui sont là avec moi, dans le dojo,
et aussi le cosmos entier. Tous ces gestes sont très importants car ils
aident à avoir un comportement correct. Ils forment dignité et respect,
ils aident notre nature à atteindre une condition normale. Personne n'est
normal1 aujourd'hui, tous les gens sont un peu fous, avec leur mental
qui fonctionne tout le temps : ils voient le monde d'une façon étroite,
étriquée. Ils sont dévorés par leur ego. Ils croient
voir, mais se trompent : ils projettent leur folie, leur monde, sur le monde.
Aucune lucidité, aucune sagesse là-dedans! C'est pour cela que Socrate,
comme le Bouddha, comme tous les sages, disent d'abord : " Connais-toi
toi-même et tu connaîtras l'univers. " C'est l'esprit du Zen
et du Bushido traditionnels ! Pour cela, l'observation de son comportement est
très importante. Le comportement influence la conscience. A comportement
juste, conscience juste. Notre attitude ici, maintenant, influence tout l'environnement :
nos paroles, nos gestes, nos façons de nous tenir, tout cela influence
ce qui se passe autour de nous et en nous. Les actions de chaque instant, de chaque
jour, doivent être justes. Le comportement dans le dojo rejaillira sur notre
vie quotidienne. Chaque geste est important ! Comment manger, comment s'habiller,
comment se laver, aller aux toilettes, comment ranger, comment se conduire avec
les autres, avec sa famille, sa femme, comment travailler, comment être
complètement dans chaque geste. Il ne faut pas rêver sa vie! Mais
être complètement dans tout ce que l'on fait. C'est cela l'entraînement
aux kata. L'esprit du Zen et du Budo tend à cela ; ce sont de vraies
sciences du comportement. Rien à voir avec l'imagination qui transforme
le monde, comme dans beaucoup de religions. On doit vivre le monde avec son corps,
ici et maintenant. Et complètement se concentrer sur chaque geste.
Question
- C'est impossible!
Réponse
- Vous croyez que Bouddha était parfait ? Il devait faire des erreurs comme
tout le monde. C'était un être humain. Mais il tendait à ce
comportement juste qui est le plus haut idéal humain. La civilisation moderne
ne comprend rien à tout cela, dès l'école, on vous coupe
de la vie pour faire de la théorie...Tout
ce que je viens de dire doit être bien compris : il ne s'agit pas uniquement
du comportement et de l'apparence extérieure, mais aussi et surtout de
notre attitude intérieure. Quelle est la vraie conduite à avoir
? Grand problème ! Le Zen nous éclaire là-dessus. Toutes
les écoles philosophiques s'intéressent à ce problème
: existentialisme, behaviourisme, structuralisme... Pourtant, aucune ne donne
la clef de la conduite de notre vie. Ils finissent toujours par s'enfermer dans
des catégories, mais on ne peut pas enfermer la source profonde, le long
courant de la vie. Un koan dit « Chaud, froid, c'est vous qui l'expérimentez. »
C'est vrai pour tout.
Ici,
maintenant, pour chacun, est différent. " |