-    
Et le reste > bibliographie apéritive > sélection 2<      textes      >
... du Zen en mouvement ?
Vide, impermanence et temps hors du temps
" L'équilibre universel est maintenu par la complémentarité de deux forces dynamiques le Yin et le Yang. Les individus sont réunis par l'énergie cosmique le Qi en chinois, Ki, en japonais, qui devient souffle à l'échelle humaine. Savoir l'utiliser est primordial dans bien des domaines, et notamment dans celui des Arts martiaux.

Le modèle fondamental de ce type de pensée reste le processus par interaction. L'opposition, si fondamentale dans la philosophie occidentale n'apparaît pas ici, mécanisme et finalisme ne sont pas des dilemmes, puisque le yin et le yang constituent l'amorce du processus, que ce dernier contient en lui-même son principe de régulation. Noms retrouvons dans le Zen l'interdépendance et l'impermanence des choses. Tout est en mouvement, tout est en relation. Dans un des Sûtras principaux du Zen et du bouddhisme, le Hannya Shingyo1, il est écrit : " La forme n'est pas différente de la vacuité, la vacuité c'est autre que la forme. Tous les phénomènes ont le caractère du vide. Ils ne naissant ni ne s'arrêtent. " Les scientifiques ont reconnu l'existence de ces lois essentielles et ont démontré que la stabilité est une illusion. Du vide fondamental naissent constamment des particules qui retournent au vide fondamental, c'est l'impermanence.
C'est en ce sens qu'il faut saisir l'importance des techniques de combat, non en tant que forces s'opposant entre elles, ou opposant des individus, mais comme moyens de regrouper en une seule force la dispersion des énergies qu'elles impliquent. Il ne s'agit plus de subordonner une puissance à une autre, de dominer, mais, au contraire, de réintégrer vers un équilibre originel. L'intuition y joue un rôle primordial et les techniques de guerre montrent ainsi qu'elles s'inscrivent dans une longue tradition de réflexion sur les rapporte que l'intuition spontanée entraîne avec l'action et l'instant. La notion de sakki2 qui permet de faire front avant même que l'adversaire n'ait eu le temps de contre-attaquer, ou celle de Kiseme qui permet de saisir l'intention de l'autre en Iaïdo ou en Kendo, ou encore, celle de Yomi, " de lire dans l'esprit de l'autre ", sont présentes dans la vie quotidienne des Japonais, dans le principe proche de Ishin den Shin, " d'un esprit à l'autre ", en tant que moyen de communication communément utilisé, mais qui ne passe pas par la parole. L'interprétation d'une situation nécessite un temps d'arrêt pour la réflexion ; or, il faut acquérir un état de conscience qui permette de saisir, sans pour autant mettre fin à la vigilance de l'esprit, l'intention d'un adversaire avant qu'elle ne soit clairement manifestée.

Ce moyen de communication se retrouve, aussi, aujourd'hui dans la façon dont les entreprises au Japon dirigent les relations humaines. Il est évident que cet état de conscience, naturel pour un Japonais3 parce qu'intégré dans sa culture, ne peut-être qu'un obstacle pour un occidental et que le conseil émis par Sun Tsé


    "Prends-les au dépourvu
     Déplace-toi dans l'inattendu,
     Sois subtil jusqu'à l'invisible
     Sois mystérieux jusqu'à l'inaudible
     Alors tu pourras maîtriser le destin de tes adversaires4 "


risque de ne pas avoir de réel, effets. "
1. Sûtra de la sagesse suprême, texte principal de bouddhisme Mahâyâna, appelé en fait, Maka Hannyaharamita Shingyô.
2. " Sentiment intuitif spontané ".
3. N., Chié, La société japonaise, Paris, Armand Colin, 1974.
4. Sun Tsé, L'art de la guerre, cité par T. Cleary, La voie du Samouraï, Pratique de la stratégie au Japon, Paris, Seuil, coll. "Points Sagesses", 1992, p. 7.
Florence BRAUNSTEIN
" Penser les arts martiaux "
(Ed. PUF - pratiques corporelles, 1999)
 
<      textes      >     
             
Page d'accueilLieux de pratiqueLexiqueNous laisser un messagePlan du siteAccès réservé aux adhérents