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Mushin, zanshin... encore!
De l'art du non-faire à la conscience  

[...]
"   Le Maître répliqua :
« Il faut que vous teniez la corde tendue comme un enfant tient le doigt qu'on lui offre. Il le tient si fermement serré qu'on ne cesse de s'émerveiller de la force d'un poing si menu. Et quand il lâche le doigt, il le fait sans la plus légère secousse. Savez-vous pourquoi ? ...
Parce que l'enfant ne pense pas, par exemple : maintenant je vais lâcher ce doigt pour saisir cette autre chose...
C'est bien plutôt sans réflexion et à son insu qu'il passe de l'un à l'autre, et il faudrait dire qu'il joue avec les choses, s'il n'était aussi exact de penser que les choses jouent avec lui. ».
[...]
  - L'art véritable, s'écria le Maître, est sans but, sans intention. Plus obstinément vous persévérerez à vouloir apprendre à lâcher la flèche en vue d'atteindre sûrement un objectif, moins vous y réussirez, plus le but s'éloignera de vous.
Ce qui pour vous est un obstacle, c'est votre volupté trop tendue vers une fin. Vous pensez que ce que vous ne faites pas par vous-même ne se produira pas.

[...]    Cet état dans lequel on ne pense, projette, poursuit, souhaite ou n'attend plus rien de déterminé, où l'on se sent capable du possible comme de l'impossible, dans l'intégrité d'une force non influencée, cet état auquel toute intention, tout égoïsme sont étrangers est désigné par le Maître comme proprement « spirituel ». Chargé en effet de conscience spirituelle il reçoit aussi le nom de « véritable présence d'esprit ». Entendons par là que « l'esprit » est omniprésent parce que nulle part il ne s'attache à un endroit particulier. Ce qui lui permet de rester présent, c'est que, alors même qu'il s'applique à tel ou tel objet, il ne s'y attache pas en réfléchissant, perdant ainsi toute sa mobilité originelle. Comparable à l'eau qui, remplissant un étang, est toujours prête à se déverser, il lui est possible, de temps à autre, d'agir avec sa force inépuisable parce qu'il est libre, et de s'ouvrir à toute chose parce qu'il est vacant. Un cercle vide, symbole de cet état proprement primitif, parle à celui qui s'y trouve inclus.

Kusunoki Masashige (1918)  C'est donc par la toute-puissance de sa présence d'esprit, non troublée par une volonté d'intention, si déguisée soit-elle, que l'homme dégagé de toute connexion doit pratiquer un art quelconque. Mais pour qu'il puisse s'insérer en parfait oubli de soi-même au processus de la réalisation formelle, il faut que la pratique de l'art soit préalablement amorcée.
   S'il fallait qu'il affronte une situation à laquelle il ne pourrait s'adapter d'instinct, il faudrait que l'homme perdu en soi la réalise d'abord en sa conscience. Et par là, à nouveau, il se retrouverait attaché là d'où il s'était libéré ; il serait comparable à l'homme qui s'éveille et médite le programme de sa journée et non à l'homme éveillé à l'état primitif et qui agit d'après lui. Il n'aura jamais cette impression que tous les éléments de l'accomplissement de l'acte se succèdent comme en un jeu et comme mus par une intervention supérieure.
Jamais non plus, il n'apprendrait comment l'élan d'un acte peut se communiquer à celui qui lui-même n'est que mouvement, et comment, en réalité, tout est déjà accompli avant qu'il ne s'en soit rendu compte.
    Plus on attend de l'absolue présence d'esprit, moins on doit laisser à des dispositions naturelles favorables ou au hasard le soin de provoquer le détachement et la libération de soi-même, le repliement et la concentration de la vie qui sont exigés. On ne s'abandonnera pas non plus au petit bonheur au déroulement de l'acte, qui exige le concours de toutes les forces, avec l'assurance que la concentration nécessaire s'établira bien d'elle-même. "
  Eugen HERRIGEL
"Le Zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc"
("Zen in der Kunst des Bogenschießens")
Ed. DERVY
 
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