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De la morsure de la vipère
ou l'agression comme énergie d'éveil...

"   Un jour, comme il faisait chaud, Zarathoustra s'était endormi sous un figuier et il avait mis ses bras sur la figure. Vint une vipère qui le mordit au cou. Zarathoustra en cria de douleur. Lorsqu'il eut enlevé le bras de son visage, il regarda le serpent : celui-ci alors reconnut les yeux de Zarathoustra, se tordit maladroitement et voulut s'échapper. « Non pas, dit Zarathoustra ; je ne t'ai pas encore remercié ! Tu m'as réveillé au moment voulu, ma route est encore longue. - Ta route n'est que courte, dit tristement la vipère ; mon poison tue. » Zarathoustra sourit. Quand donc un dragon est-il mort du poison d'un serpent ? dit-il. « Mais reprends ton poison ! Tu n'es pas assez riche pour m'en faire cadeau. »
   Alors le serpent, derechef, s'enroula autour de son cou et lui lécha la blessure.
   Comme Zarathoustra racontait ceci un jour à ses disciples, ils demandèrent : « Et quelle est la morale de cette histoire, ô Zarathoustra ? » Zarathoustra leur répondit :
  
« Les bons et les justes m'appellent le destructeur : mon histoire est amorale.
   Quand vous avez un ennemi, ne lui rendez pas le bien pour le mal : car cela lui ferait honte. Mais prouvez-lui plutôt qu'il vous a fait du bien.
   Plutôt vous mettre en colère que de l'humilier. "

Friedrich NIETZSCHE
(1844-1900)

"Ainsi parlait Zarathoustra"
Traduit par Georges-Arthur GOLDSCHMIDT
 
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