| "Lorsque,
après des années de pratique, vous avez atteint l'étape de
la sagesse immuable, vous devez revenir à celle du débutant.
Examinons cette approche du point de vue des arts martiaux. En tant que débutant,
vous ignorez tout de la position à adopter, si bien que votre mental est
débarrassé de toute contrainte. Si quelqu'un vous attaque, vous
ripostez simplement, sans penser à rien. Plus tard, lorsque vous apprenez
les règles concernant la position, la tenue du sabre ou la juste concentration,
votre esprit se fixe sur différents points à la fois. Et s'il faut
combattre, vous hésitez entre mille possibilités. Mais si vous
pratiquez jour après jour et mois après mois, la posture et le maniement
du sabre n'occupent plus votre esprit. Vous êtes redevenu un débutant
qui ne sait strictement rien1. Ainsi dit-on que l'origine et la
fin sont une seule et même chose, tout comme l'un et le dix se rejoignent
lorsque vous avez compté les dix premiers chiffres - tout comme la première
et le dernière note d'une gamme se retrouvent au début et à
la fin d'un cycle. De même que s'unissent ces deux notes, les bouddhas,
dans la mesure où ils représentent l'ultime développement
de l'homme, ne sont pas différents des êtres qui ne connaissent rien
du Bouddha - lesquels ne manifestent donc pas le moindre préjugé
quant au bouddhisme. Ainsi fusionnent l'inconscience parfaite du débutant
et la sagesse immuable du maître. La partie cogitante de votre cerveau fait
enfin silence, et vous demeurez dans un état de liberté sereine.
Les gens incultes, semble-t-il, ne montrent pas leur intelligence pour la simple
et bonne raison qu'ils en sont complètement dépourvus. Les plus
hauts esprits, quant à eux, l'ont oublié depuis longtemps, car ils
n'en ont même plus l'usage. Toute intelligence réduite à la
seule et unique pensée n'est que ridicule pseudo-érudition." |